La Bourgogne, située entre l'Europe du Nord et celle du Sud, a, de tous temps, été un carrefour des routes et des civilisations.














Depuis que les premiers marchands, il y a 3 000 ans, à l'âge du Bronze, faisaient transiter l'étain de Cornouailles en direction de la Méditerranée, par les vallées de la Seine et de la Saône, mais aussi celle du Danube qu'ils rejoignaient par la trouée de Belfort. Ce faisant, ils transportaient la base de toute une civilisation : sans étain, point de bronze !
Un millénaire plus tard, le contrôle de cet axe de circulation primordial permit au peuple gaulois des Eduens d'édifier son pouvoir sur la majeure partie de la Bourgogne actuelle, autour de son oppidum de Bibracte sur le Mont-Beuvray. Ici, Vercingétorix fut élu à la tête des Gaulois unis contre Rome, quelques mois seulement avant que la bataille d'Alésia, en Bourgogne du Nord, ne mette fin à l'indépendance gauloise en l'an 52 av. J.C.
Administrée depuis Lyon et Sens à l'époque gallo-romaine, mais aussi, pendant quelque temps, depuis Trèves en tant que capitale de Germanie supérieure, la Bourgogne reçut son nom au moment du déclin de l'empire romain. Elle le devait au peuple germanique des Burgondes qui avaient, au 5ème siècle, établi un nouveau royaume, englobant la majeure partie de la Bourgogne actuelle, à partir de l'espace savoyard où ils avaient trouvé refuge après l'anéantissement de leur royaume précédent, basé dans le Palatinat actuel, par les Huns. Cette mémorable défaite avait marqué les esprits au point de devenir le sujet de l'épopée nationale allemande, celle des Nibelungen. A partir du 10ème siècle, le nom de Bourgogne désignait un duché appartenant à une lignée de la famille royale des Capétiens.

Rencontres au sommet

C'est en Bourgogne qu'étaient alors situés les deux principaux foyers de réforme monastique de l'Occident chrétien, Cluny et Cîteaux. Leur rayonnement, loin d'être purement spirituel, touchait les domaines artistique et intellectuel, mais aussi social et politique et eut pour conséquence quelques rencontres qui méritent sans ambages le qualificatif de «rencontres au sommet» - en raison des personnes rassemblées et non pas à cause des lieux élevés concernés.

Cluny, fondé en 910 non loin de Mâcon, dut son succès à son exemption de tout autre pouvoir que celui du pape, mais aussi à la personnalité et à la longévité extraordinaires de ses premiers abbés. Parmi eux, Hugues de Semur (1024-1109), grand promoteur de la Reconquista espagnole, des pèlerinages de Saint-Jacques de Compostelle et constructeur de Cluny III, la plus grande église de la Chrétienté jusqu'à la reconstruction de Saint-Pierre de Rome au 16ème siècle, était également le parrain de l'empereur Henri IV. En cette qualité, il intervint en 1077 auprès de son filleul excommunié dans son conflit avec le pape Grégoire VII, lui aussi ami de l'abbé, et réussit à le convaincre de se rendre à Canossa pour se soumettre à l'autorité papale, à propos de la question stratégique des investitures des évêques.

Au siècle suivant, ce fut le tour de Vézelay, en Bourgogne du Nord, de recevoir les chefs de file des grands mouvements de l'époque, et notamment de celui des croisades. Point de départ officiel de l'une des routes de Saint-Jacques-de-Compostelle, la «colline éternelle» fut aussi le lieu où saint Bernard prêcha la deuxième croisade en 1146, puis le point de rassemblement de la troisième en 1190, sous la conduite des rois Philippe Auguste et Richard Coeur-de-Lion.

La dernière Lotharingie


Passé des Capétiens aux Valois au 14ème siècle, tout comme le royaume de France quelques décennies auparavant, le duché de Bourgogne atteignit une position prépondérante en Europe à la faveur de l'habile politique de ses quatre ducs Valois et de l'affaissement du pouvoir royal dans la guerre de Cent ans. Captant des influences du Nord et du Sud, alliant économie urbaine et enracinement paysan, l'ensemble bourguignon créa pour la dernière fois une grande entité politique entre la France et l'Allemagne. Outre les actions politiques et militaires, son rayonnement se manifestait particulièrement dans le domaine artistique et de la vie de cour

Le cérémonial de la cour de Bourgogne survécut pendant des siècles dans celui de leurs descendants, les Habsbourg. Mais c'est surtout dans l'entourage ducal et notamment à la chartreuse de Champmol, sépulture des ducs Valois fondée par Philippe le Hardi aux portes de Dijon, qu'il faut chercher l'origine de tout un courant artistique décelable à travers l'Europe - Europe centrale en particulier - transmetteur, de génération d'artistes en génération d'artistes, de modèles et de types exprimant, dans une richesse et une finesse remarquables des formes, une foi dans l'homme entièrement nouvelle à l'époque de Claus Sluter, « ymagier » de Philippe le Hardi autour de 1400, reprise jusque dans les oeuvres de Memling, Lochner, Stoss et Riemenschneider pendant plus d'un siècle.

Une modernité enracinée


Si l'époque moderne, après la fin du duché indépendant, amena un repli de la Bourgogne au sein du royaume de France, désormais largement à l'écart des grands courants d'échanges, elle vit aussi un remodelage de l'espace bourguignon dans le sens d'une plus grande modernité, en lien avec l'appartenance de la province à la France et avec le rôle grandissant de Paris. La réalisation la plus spectaculaire à cet égard fut la mise sur pied du système d'approvisionnement de la capitale en bois de chauffage, au milieu du 16ème siècle, car elle amena - durant plus de deux siècles - un réaménagement en profondeur de tout le réseau hydrographique du Morvan, des minuscules ruisseaux jusqu'au creusement du canal du Nivernais et à la création du lac des Settons.

La Bourgogne, qui approvisionnait Paris non seulement en bois (80 % des besoins étaient couverts par la production du Morvan), mais aussi en pierre de construction, en vin et en bien d'autres denrées encore, donna également son symbole moderne à la capitale de la France : Gustave Eiffel, créateur de la célèbre tour, était en effet Dijonnais - descendant d'immigrés allemands au nom - imprononçable - de Boenichhausen, originaires de la région de Bitburg, qui décidèrent de troquer ce nom contre celui de leurs pays d'origine, l'Eifel.

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